Ce qui était autre fois qualifié de « l’or rose » est à la braderie
C’est un véritable séisme économique qui secoue actuellement le département du Mayo-Sava. À Mora, le prix de l’oignon s’est effondré en l’espace de trente jours, passant de 45 000 Fcfa à seulement 8 000 Fcfa le sac. Une situation paradoxale qui soulage le panier de la ménagère tout en menaçant de ruine les producteurs locaux.
L’image est saisissante sur les places de marché de Mora. Là où, il y a encore un mois, l’oignon surnommé avec respect « l’or rose » se faisait rare et précieux, il inonde aujourd’hui chaque étal, chaque recoin de l’espace marchand. En quelques semaines, la denrée de luxe est devenue un produit que l’on brade pour une fraction de sa valeur initiale
Les chiffres donnent le tournis aux analystes comme aux commerçants. Le sac de 100 kg, qui se négociait encore à 45 000 francs CFA en décembre, s’échange désormais contre un billet de 8 000 francs CFA.
Pourtant, derrière l’euphorie des consommateurs se cache une réalité sociale brutale. Pour les agriculteurs du Mayo-Sava, le seuil de rentabilité a été franchi à la baisse depuis longtemps.
Une baisse qui impact sur le quotidien du producteur. « À 8 000 francs le sac, la vente ne permet plus de couvrir les charges élémentaires: les semences et engrais, dont les prix restent stables. Le carburant, indispensable pour faire tourner les motopompes nécessaires à l’irrigation. Nous vendons à perte », confie Yoré Payadi Joseph producteur d’oignoins dans la zone de l’arrondissement de kolofata. « Si nous ne dégageons pas de bénéfices maintenant, comment pourrons-nous planter la saison prochaine ? » s’inquiète-il.
Cette crise de surproduction met en lumière la fragilité de la filière oignon dans la région. L’absence d’infrastructures de stockage et de transformation condamne les producteurs à subir la loi de l’offre et de la demande sans aucun filet de sécurité. L’avertissement est clair : si rien n’est fait pour structurer la filière et réguler les stocks, l’abondance qui réjouit les ménages aujourd’hui pourrait bien provoquer une faillite massive des exploitations, et donc une pénurie sévère dès l’année prochaine.



















