Aicha Abubakar, âgée 17 ans, réfugiée au camp de Minawao a vu son avenir s’éloigner avec amertume. Elle qui espérait devenir médecin, mais aujourd’hui, son rêve est menacé alors que sa famille est contrainte de rentrer au Nigéria.
Agée 17 ans, Aicha Abubakar, élève en classe de 3e au lycée Bilingue de Minawao, a fui Boko Haram du côté du Nigéria avec sa famille il y a 10 ans, trouvant refuge au camp de Minawao, situé à l’Extrême-Nord du Cameroun. Malgré les conditions difficiles du camp, elle s’était accrochée à son rêve de devenir médecin, persuadée que l’éducation serait son échappatoire. Cependant, la situation dans le camp s’est détériorée ces derniers mois. Les partenaires du haut-commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ont définitivement suspendu leur aide alimentaire aux réfugiés du faite du déficit de financement, laissant des nombreuses familles comme celle d’Aicha Abubakar dans une situation de plus en plus précaire. Cette rupture de l’assistance alimentaire vitale aux réfugiés, a contraint de nombreux réfugiés Nigérians de Minawao à envisager un retour volontaire au Nigéria, malgré les incertitudes et les dangers qui planent encore de ce côté-là ; surtout quand on sait que les factions issues de Boko Haram continuent de s’en prendre aux habitants. A ce spectre d’insécurité imposé par les terroristes, s’ajoute la dégradation de la situation économique due à la chute de la monnaie Nigériane : le Naïra.
Pour Aicha Abubakar que nous avons rencontré ce vendredi 9 août 2024 en train de faire ses valises aux côtés de ses parents pour retourner dans son Banki natal en territoire Nigérian, ce retour bien que volontaire est un coup dur. « J’ai toujours rêvé de devenir médecin, de soigner les gens et surtout ma communauté, mais maintenant je ne sais pas si je pourrais continuer mes études au Nigéria. Tout est tellement incertain », confie-t-elle, les larmes aux yeux. Au Nigéria, l’avenir d’Aicha Abubakar est incertain. Les infrastructures scolaires sont souvent défaillantes dans les zones affectées par Boko Haram. La jeune fille, qui s’était adaptée à la vie scolaire au Cameroun, craint de ne pas pouvoir poursuivre son éducation à l’effet de réaliser son ambition. Elle voit son rêve d’être médecin s’éloigner, alors que sa famille se prépare à retourner dans un environnement qui pourrait ne pas lui offrir les mêmes opportunités.
Le cas d’Aicha Abubakar illustre à suffire les défis auxquels sont confrontés les réfugiés dans des situations de rapatriement volontaires. Alors que l’aide internationale est interrompue, des vies et des rêves sont en jeu. Pour Aicha Abubakar et tant d’autres, l’avenir est incertain, et leurs espoirs risquent de s’éteindre avant d’avoir pu se réaliser. La seule certitude pour l’instant, c’est de retourner malgré eux au pays qui les a vus naitre dans l’espoir de voir les choses changer. C’est ce qui a donc animé les quelques 252 réfugiés Nigérians issus d’une cinquantaine de ménages qui ont volontairement décidé regagner leurs pays natal plutôt que de périr dans un camp de réfugiés, sevré de toute assistance humanitaire. Ils ont quitté le camp le 10 Août dernier et ont été conduit jusqu’à la frontière entre le Cameroun et le Nigéria.
Le rapatriement volontaire de ces 252 réfugiés Nigérians a été organisé par le Haut-commissariat pour les Réfugiés (Hcr) sous la supervision de la cheffe du bureau, Kimberly Roberson, de concert avec le Cameroun, pays d’accueil et le Nigeria. L’émissaire Nigérian, l’honorable Lawan Abba Wakiné a rassuré de ce que la sécurité est revenue dans leurs localités et des dispositions prises pour l’accueil de leurs compatriotes. Il n’a pas manqué de remercier les autorités camerounaises et les populations hôtes pour leur hospitalité et l’accueil réservé à leur ressortissants.
Il est à rappeler que pour les mêmes raisons, environ 10 mille autres refugiés Nigérians ont manifesté leur volonté de repartir dans le pays. Ceci sans compter ceux qui ont déjà quitté le camp clandestinement.
Par Célestin TABOULI Succès



